Relogement, vieux bâti, année scolaire, hiver et la hantise des indus bénéficiaires
Sur quel pied dansera la commission du logement ?
Entamée début juin, l’opération de distribution graduelle de logements dans la wilaya d’Oran a déjà touché plus d’un millier de familles. Une opération qui a débuté dans le calme pour connaître par la suite quelques dérapages qui ont provoqué l’ire des citoyens du vieux bâti.
Attendu depuis plusieurs années par une population vivant souvent dans la précarité, le recasement à Oran a débuté à la mi-juin à Oued Tlélat, au sud de la wilaya. Pas moins de 395 familles résidant à Bab El Hamra et DNC, des îlots d’habitations précaires et insalubres relevant du secteur urbain de Sidi El Houari, ont été relogées le 14 juin dernier dans de nouveaux appartements de type F3 à Oued Tlélat, dans le cadre du programme de résorption de l’habitat précaire (RHP). Cette opération à laquelle ont assisté les autorités locales à leur tête le wali d’Oran, s’est déroulée dans de bonnes conditions et une ambiance de joie et de reconnaissance envers l’Etat, comme l’ont vivement exprimé de nombreuses familles heureuses de quitter des habitations de fortune en tôles ondulées et zinc. Un imposant dispositif de sécurité et de protection civile et une noria de camions ont été mobilisés tôt dans la matinée pour assurer le déménagement des familles vers les lieux de leur nouvelle résidence, une nouvelle cité d’habitation édifiée à proximité de l’hôpital en cours de réalisation à Oued Tlélat, commune située à près d’une trentaine de kilomètres au sud d’Oran. Le sursis que s’est accordé l’administration, à l’occasion du mois sacré, a-t-il été servi à l’assainissement des listes de futurs bénéficiaires de relogement ?
C’est la question que se posent de nombreux citoyens qui voient d’un mauvais œil certaines attributions qu’ils trouvent illégales et ne répondant à aucun critère logique, aussi bien sur le plan administratif que social. Beaucoup de choses ont été dites sur l’impartialité des commissions d’attribution mais les doutes subsistent malgré les signes de bonne volonté des pouvoirs publics qui ont multiplié les tamis et autres modes de sélection, sans jamais réellement mettre un terme à la suspicion. Force est de constater que le mal réside dans le manque de communication qui a toujours accompagné les traditionnelles opérations d’attribution de logements. La mise en place, dernièrement, d’un système de tirage au sort pour le choix des étages d’affectation, est une bonne chose, mais le véritable tri devrait en principe être installé en aval. Les commissions d’enquête dépêchées sur le terrain réalisent un travail surtout de constat. Les agents sont limités à rendre compte de situations qu’ils ont constatées sur le site d’habitation. Leur mission pourrait être dévoyée par des déclarations fallacieuses ou erronées et maquillées à dessein. C’est pourquoi il paraît nécessaire de réaménager les missions de ces commissions par le recours à la consultation des comités de quartiers et autres associations actives sur le terrain.

Edderb, une situation qui traduit le mieux
le flou ambiant

La dernière opération de relogement des habitants du vieux bâti à Edderb n’a pas fait que des heureux. Des familles entières continuent de contester le choix de la commission qui a travaillé, selon certains de ses membres, sur la base des rapports d’enquêtes préalables établies par l’ancienne APC. Mais cela n’absout pas cette structure qui aurait pu réactualiser les données pour se mettre à l’abri de toute suspicion. Un gérant de bain maure propriétaire de café, s’est retrouvé par miracle bénéficiaire d’un logement social généreusement accordé par l’Etat et par le droit à l’erreur de la commission, ce qui n’est pas fait pour arranger les choses. Curieusement, les familles habitant la rue Bengharrach se sont retrouvées exclues de cette opération, alors que le tout Oran connaît la situation de l’habitat dans lequel elles vivent. Comment expliquer alors à une de ces familles, que le choix arrêté sur la base d’un travail d’enquête et un classement par logiciel est infaillible et qu’elles n’ouvrent pas droit à un relogement ?
L’autorité publique se doit aujourd’hui de reprendre le travail depuis le début, car les résultats des enquêtes réalisées jusque-là, sont contestables à plus d’un titre. L’effort de l’Etat est dévoyé par des pratiques condamnables, et les pouvoirs se doivent de tout remettre à plat pour reprendre le travail et séparer le bon grain de l’ivraie.

Haï El-Yasmine,
un site honni

Les habitants de Batimate Taliane ont refusé le relogement pour cause d’exiguïté des lieux. Et les faits leur ont donné raison car la mésaventure que vivent encore les familles relogées à la cité des 400 logements, dépasse tout entendement.
En effet, comment expliquer qu’un site moult fois proposé aux habitants de Batimate Taliane, soit pourvu d’une installation de gaz qui s’est avérée défectueuse ? Les familles relogées dans une ambiance festive sous l’œil des caméras de télévision, se disent aujourd’hui avoir été grugées. «Comment expliquer qu’au mois de juin, nous avons occupé les lieux et bénéficié du raccordement au gaz de ville, au mois de juillet, en plein Ramadhan, la SDO est venue nous informer que nous ne pouvons plus bénéficier de cette énergie, en raison de colonne montante et de conduites non conformes aux normes de sécurité ? Ce n’est pas normal, c’est une arnaque grosse comme ça», diront des familles. La SDO n’a pas manqué de rappeler que le gaz restera coupé tant que les réserves concernant l’état des conduites ne sont pas levées. Qui a tort dans cette histoire où chacun affirme avoir raison ?

Mieux vaux patienter

L’administration se doit aujourd’hui de mener cette opération dans la transparence et dans le strict respect des orientations du chef de l’Etat qui a insisté sur la nécessité d’accorder la priorité aux familles habitant le vieux bâti. Mais pour ce faire, elle ne doit pas verser dans la précipitation et doit surtout rouvrir les enquêtes sociales pour dresser des listes de bénéficiaires au-dessus de tout soupçon. Elle doit agir avec minutie même si le temps ne joue pas pour elle. Mais entamer une opération de relogement après l’Aïd et en pleine saison estivale, équivaut à ouvrir la voie devant toutes les manipulations et les fausses déclarations qui pourraient créer mille et un indus bénéficiaires. Mais cela ne sera pas facile, car l’hiver approche et avec lui approche encore plus vite la rentrée scolaire qui est une donnée importante à prendre en compte lors des délibérations pour le choix des dates des opérations de relogement.
Nassim B.

 

tarif