Face au chômage, on accepte tout
Les saisonniers, du pain bénit pour certains patrons
L’été étant la période où les départs en congé sont les plus sollicités, ce qui entraîne forcément un manque de personnel au niveau de certaines activités professionnelles, notamment là où la demande devient plus forte, certains patrons ou gérants de commerces, dans le secteur du privé, ont tendance à engager des saisonniers pour cette période bien définie.
Cependant, la plupart de ces commerçants, très certainement dans un souci d’économie, ne respectent nullement les règlements qui régissent le secteur de l’emploi en matière de recrutement.
(Loi n° 90-11 du 21 avril 1990 relative aux relations de Travail, modifiée: articles n°12 et 12 bis). Sans contrat les liant à l’employeur et donc sans aucune protection sociale, ces employés dit saisonniers sont des proies faciles à attirer, mais surtout du pain béni pour certains patrons qui cherchent surtout à ramasser de l’oseille à moindre frais. Ces «vacanciers» se trouvent généralement dans l’obligation d’accepter presque tout ce qu’on leur propose, contre quelques billets.
La loi stipule que l’employeur peut procéder au recrutement de saisonniers dans les cas suivants : lorsqu’il s’agit de remplacer le titulaire d’un poste qui s’absente temporairement et au profit duquel l’employeur est tenu de conserver le poste de travail; lorsqu’il s’agit pour l’organisme employeur d’effectuer des travaux périodiques à caractère discontinu.
Lorsqu’un surcroît de travail ou lorsque des motifs saisonniers le justifient. Lorsqu’il s’agit d’activités ou d’emplois à durée limitée ou qui sont par nature temporaires.
Mais combien sont-ils ceux qui respectent la législation ? Aussi, on retrouve de plus en plus de jeunes désœuvrés, des adolescents surtout, même si parfois ce sont des enfants mineurs que l’on peut apercevoir servir de «supplétifs» aux vacanciers, ou de renfort en raison d’un afflux important de clientèle pour certains commerces, comme les crémeries, boulangeries, cafétérias, restauration, ateliers de confection (vu les fortes demandes pour l’Aïd), etc.
Ce qui fait la particularité de tous ces novices, c’est le fait qu’ils ne connaissent pratiquement rien au nouveau rôle qu’on leur propose; mais faute de boulot, c’est plutôt à prendre ou à laisser, car ce ne sont pas les solliciteurs qui manquent.
A. Hamid, 18 ans, travaille chez un marchand de glace dans une cité située à l’Est de la ville, pour 1.200 dinars par semaine comme serveur. Il dira: «Cela me fait à peu près 5.000 DA par mois, ce qui est certes peu, mais c’est mieux que rien, car cela me permet de m’occuper durant la journée et surtout de pouvoir m’offrir des fringues que mon père, simple fonctionnaire, ne peut m’acheter.
Mais le plus pénible, c’est surtout le fait qu’il n’y ait pas d’horaire fixe puisque, parfois, je suis debout durant plus de 10 heures par jour.»
Cependant, beaucoup de patrons préfèrent engager des enfants de parents à eux, comme des neveux, nièces, cousins, etc., plutôt que d’avoir à faire à des gens qu’ils ne connaissent pas assez bien, craignant qu’ils n’aient par la suite des problèmes avec l’Inspection du travail, chose qui apparemment a déjà eu lieu.
«Moi, j’ai un contrat moral avec les jeunes que j’emploie durant les vacances d’été dans mon établissement, puisqu’ils préfèrent empocher les contributions directement au lieu qu’elles soient versées ailleurs», nous dira un restaurateur qui s’est installé au niveau de la localité balnéaire d’Aïn El-Turck pour la saison estivale. Il enchaînera:
«Chaque année, je recrute trois ou quatre jeunes, selon les besoins, comme serveurs notamment, et que je paie selon le barème. Croyez-moi, ils préfèrent travailler chez moi plutôt qu’ailleurs; vous n’avez qu’à le leur demander.»
L’un de ces saisonniers nous dira à ce propos: «Je ne sais pas si l’on est mieux traités ici que chez d’autres restaurateurs, mais il faut avouer que le travail est dur et les horaires sont inconcevables.
De plus, travailler durant seulement trois mois, ce n’est pas très encourageant.
Malheureusement, je n’ai pas trouvé mieux, même avec une licence en poche.
Et il faut bien vivre.»
Le cas de ce jeune saisonnier n’est pas unique car ils seraient des milliers à êtres exploités durant toute l’année, même si, en été, leur nombre à tendance à doubler, pour des tâches souvent ingrates et sous-payées, surtout lorsqu’il s’agit de filles ou de mineurs.
Ces nouveaux barons de la vie active, qui tirent leur profit en puisant dans la détresse et le désœuvrement forcé des gens, notamment de cette jeunesse sans horizon et sans véritable port d’attache dans le monde du travail, ont encore de beaux jours devant eux, tant que subsistera le chômage, mais surtout le piston, le passe-droit et l’impunité de tous ces hors-la-loi qui gangrènent la société.
S.A. Tidjani



 

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