Les bidonvilles, cette bombe à retardement qui risque d’exploser à tout moment
Quand le laxisme fait du mal à Oran
Douar Flalis, Douar Tiartia, douar Eddoum, jamais Oran n’a connu autant de noms de lieux et de sites d’habitation aussi originaux que bizarres. Nés au cours de la décennie noire, période durant laquelle des centaines de familles originaires principalement des wilayas de Relizane, Tiaret et Tissemsilt ont dû fuir les exactions des hordes terroristes, ces nouveaux bidonvilles ont fini par s’incruster durablement dans le paysage urbain de la capitale de l’Ouest et de nombre villages de la wilaya.
Rares sont, en effet, les communes de la région à avoir échap
pé à ce fléau qui ne cesse de prendre de l’ampleur à cause du laxisme des autorités locales, notamment les élus qui y voient un réservoir électoral non négligeable à même de les introniser à la tête de leurs collectivités locales. Cette passivité a donné lieu également à un marché foncier et immobilier des plus lucratifs, où des portions de terrains ne dépassant pas les 50 mètres carrés se négocient à coups de millions de dinars. L’exemple le plus édifiant à ce sujet est celui de douar Eddoum, aux abords de la localité de Hassiane Toual, un bidonville appelé ainsi en raison de son implantation sur un terrain vague où prédominait le palmier doum. Dans ce lieu de non-droit, que ses occupants ont baptisé hai Mohammed Boudiaf, juste après son assassinat le 29 juin 1992, ou encore hai Es-Salam, la spéculation foncière et immobilière est si florissante que le bidonville a fini par étendre ses tentacules jusqu’au chef-lieu de la commune de Benfréha, dont relève administrativement l’ex-Fleurus.

Des masures misérables érigées à la hâte...

Les mêmes pratiques et également les mêmes problèmes, dont celui de la délinquance et la dégradation de la situation sécuritaire sont constatés à Hassi Bounif, Arzew, Sidi Benyebka, ou encore à Oran-ville, où les quelques masures misérables érigées à la hâte par des familles ayant fui leurs zones d’habitation d’origine durant les années 1990, se sont multipliées pour donner lieu à de véritables bidonvilles, comme cela est notamment les cas des douars Flalis et celui dit des Tiartia. Pour la petite histoire, ces favelas à l’algérienne ont été appelées ainsi en raison de leur implantation sur le site même d’un ancien parc avicole pour le premier, et de l’origine géographique de ses occupants (wilaya de Tiaret) pour le second. Et si douar Tiartia est située sur les hauteurs de la capitale de l’Ouest, loin des regards touristes et des nouvelles entités immobilières qui y ont fleuri ces dernières années, douar Flalis se distingue de son côté par le fait d’être implanté au beau milieu de grands édifices structurants de la ville que sont l’établissement hospitalo-universitaire (EHU) Mohamed Boudiaf et l’Hôtel Hayat Regency, lancés en construction dans la foulée de la grande dynamique urbanistique initiée par les pouvoirs publics au profit d’El Bahia. C’est dire que la présence de ce mini bidonville aux confins du tissu urbain de la ville chère à feu Ahmed Wahbi dénote à elle seule de l’inextricable problématique à laquelle seront confrontés les décideurs locaux et les urbanistes de la ville dans un futur proche.

Les bidonvilles risquent
de donner bien du fil
à retordre aux urbanistes

Cette appréhension est d’autant plus valable que la disponibilité des poches foncières constructibles dans cette partie de la capitale de l’Ouest a été réduite à sa portion congrue, du fait de l’appétit vorace de la mafia du foncier, d’une part, et de la bidonvilisation née de l’exode massif de contingents de plus en plus nombreux de ruraux vers El Bahia d’autre part. Dans cet ordre d’idées, il y a lieu de signaler que ces véritables chancres urbains que sont les bidonvilles risquent de donner bien du fil à retordre aux urbanistes dans les années à venir, si jamais aucune solution radicale et courageuse n’est pas prise par les décideurs locaux. L’exemple de douar Cheklaoua en est la parfaite illustration des effets néfastes que peuvent induire les politiques laxistes et franchement permissives des pouvoirs vis-à-vis d’un problème de société aussi crucial qu’est l’occupation illicite du domaine public. Ce bidonville, qui avait émergé du néant au tout début des années 1960 aux portes d’Oran, dans le sillage des premiers exodes massifs de population durant la période postindépendance, a constitué un véritable casse-tête chinois aux élus et aux responsables du secteur de l’habitat.

Un scénario répété, malheureusement
à maintes reprises

En effet, après chaque opération de relogement ciblant les familles occupant ce site, originaires principalement de la région nord de la wilaya de Relizane (Ouarsenis, comme le sont d’ailleurs la quasi-totalité des autres bidonvilles de la wilaya, les taudis évacués étaient aussitôt repeuplés par d’autres familles originaires de la même région, de la même tribu et souvent de la même famille qui a été relogée. Ce scénario s’est répété, malheureusement à maintes reprises, avant que le site ne soit rasé ,du moins en partie, et retenu par la wilaya pour abriter un programme de logement social.
D’aucuns estiment à ce propos que l’initiative, qui du reste est à saluer, mérite toutefois d’être étendue aux autres sites, car, expliquent-ils, chaque site d’habitation illicite rasé est une poche foncière supplémentaire gagnée. Néanmoins cette démarche nécessite une politique hardie des pouvoirs publics centraux, qui à force de tergiverser ont fini par couver une véritable bombe à retardement, dont les manifestations les plus visibles sont la violence urbaine, le banditisme, la prostitution, la mendicité et le surenchérissement du foncier. Faut-il signaler à ce sujet que les responsables de Sonelgaz qui a mis le paquet en matière de raccordement des populations en énergie électrique, ces dernières années, éprouvent les pires difficultés à amortir ces équipements, dont l’installation a nécessité de lourds investissements.
La raison réside dans le fait que les habitants de ces favelas, qui non contents de s’approvisionner illicitement en électricité (phénomène du repiquage), en recourant aux jantes de camions qu’ils transforment en résistance électrique pour se chauffer durant la période estivale. Le phénomène semble avoir fait des émules, où même dans les lotissements officiellement créés par l’Etat, des résidents débrouillards et fortement imprégnés de la culture de l’illégal ont adopté cette nouvelle mode en piratant le réseau électrique, selon des témoignages de plusieurs citoyens.
Belhouari S.

 

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